Vie du club

[Interview] La STUP, le foot aussi comme vecteur social

Impossible de les rater les soirs de match : la STUP, ou Supporters de la Tribune Ultra Paloise, mettent de l’ambiance et soutiennent leur équipe jusqu’au bout des 90 minutes de chaque rencontre.

Fort de 30 membre désormais, le groupe Ultra, qui vient de fêter ses deux ans d’existence lors du match contre Laval, possède également une philosophie à part, et voit le football comme vecteur de lien social, au-delà d’encourager leurs joueurs favoris.

Rencontre avec Julien, le président, et Nicolas, le secrétaire, qui nous expliquent tout sur ce groupe de supporters si important pour le club et les joueurs.

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?

Julien, président de la STUP, et Nicolas, secrétaire de la STUP et graphiste aussi.
On est tous les deux co-fondateurs de la STUP avec d’autres personnes il y a deux ans et demi.

Vous venez de fêter vos deux ans d’existence : comment et quand la STUP s’est-elle créée ?

Julien : On a fêté nos deux ans pour le match contre Laval : on a posé notre première bâche il y a deux ans.
Nicolas : Il y a deux ans pile, on a reçu notre lettre comme quoi on était officiellement une association, mais la première bâche a été posée il y a un peu plus de deux ans.
Julien : La première bâche a été posée il y a deux ans et trois mois, donc ça fait un petit moment maintenant dans l’histoire de la STUP !
On a eu l’idée de créer ce groupe en venant à un match du Pau FC et en rencontrant les anciens du Kop 64 en tribune Auchan à l’époque : on a tous plus ou moins été baignés dans les matchs au Pau FC avec nos parents quand on était jeunes.
On se rappelle notamment des matchs pour la montée en National, c’était contre Alès ou un truc comme ça, les matchs contre le PSG, pour les plus anciens il y en a qui se souviennent du match contre Saint-Etienne…

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On est tous palois, mis à part un qui est de Bayonne (sourire) : après le premier match contre Mont-de-Marsan, il y a trois ans je pense, on a eu l’idée de créer un groupe parce que chacun avait son petit club de Ligue 1 préféré pour lequel il faisait des déplacements, pour les plus fervents 7 à 8 fois par saison, pour ceux qui allaient par exemple à Marseille ou à Saint-Etienne, et d’autres qui avaient leur petit club à Bordeaux ou à Toulouse…
Et nous on a décidé de créer quelque chose pour notre ville et notre club, autour du Pau FC et arrêter de se prendre pour des gens qu’on n’était pas, et faire quelque chose pour notre club : donc la STUP a posé sa première bâche il y a un peu plus de deux ans maintenant, s’est solidifiée en quelque sorte, on est passé d’une dizaine de membres à 30-35 pour les matchs à domicile, donc on grandit gentiment !

Quels sont vos projets pour le groupe ?

Nicolas : Le projet pour le groupe, c’est grandir déjà, comme l’a dit Julien, et aussi on a envie de faire comprendre aux gens que c’est bien d’aimer le foot, c’est bien de regarder la Ligue des Champions et tout ça, mais quand t’as un club dans ta ville – bon c’est un club de 3ème division, mais c’est pas mal déjà – c’est important d’aller voir le club de sa propre ville !
Bon il y en a à qui ça fait marrer parce que le stade est assez vide, d’autres parce que les résultats sont pas là, ou encore parce qu’ils nous voient à 30 dans un stade énorme à chanter, à s’époumoner…
Mais ça reste du foot populaire, les places sont pas chères, il y a une proximité avec les joueurs…
Le projet ça reste de rassembler du monde autour du foot à Pau, mais ça n’empêche qu’à côté de ça on peut très bien regarder les matchs entre le Barça et le Real !
Le foot de sa ville, c’est une mentalité pas très ancrée en France, on n’a pas une culture comme les anglais, où dans toutes les divisions le stade est plein.

Quels sont vos meilleurs souvenirs en tant que supporters du Pau FC ?

Julien : Le meilleur souvenir en tant que supporter et que membre de la STUP, c’est une victoire contre Tarbes en Coupe de France : un dimanche ensoleillé, tout était réuni pour qu’on se fasse plaisir au stade.
On a aussi le premier déplacement de la STUP qui a été celui à Rodez en CFA, dans un temps exécrable : Rodez en janvier, 3 degrés, la pluie, mais premier déplacement de la STUP donc premier vrai souvenir de minibus.
Et en National, le premier déplacement à Béziers avec la victoire 2-0, pour le premier déplacement de National où on était quand même 9, avec la victoire.
Et cette saison aussi, on est partis à 5 à Rodez, chez le leader, invaincu depuis presque un an et demi chez lui, et on a été gagner 2-0 là-bas.

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Comment voyez-vous votre rôle au sein du club et dans le stade ?

Julien : Notre rôle au sein du club, initialement a été imaginé comme quelque chose de seulement, et qui n’avait d’autre vocation de porter l’équipe et de la supporter autant qu’on puisse le faire, à domicile ou l’extérieur, pour les déplacements qui sont dans la limite du raisonnable dans la mesure où on se déplace rarement à 20 et que du coup les frais sont rarement divisés.
Notre rôle est donc d’être là quand on peut le faire et de n’avoir d’autre but que de supporter l’équipe : on ne se voit pas comme un quelconque contre-pouvoir dans le club, et on essaye du coup de se détacher au maximum des résultats et de la politique du club.
C’est pour ça que quand on dit que le couperet de la descente pourrait nous tomber dessus, que ça soit cette saison ou les saisons prochaines, ce n’est pas un débat dans lequel on rentre vraiment, car que ça soit du National, du CFA, de la Ligue 2 ou de la Ligue des Champions, finalement ce club du Pau FC restera dans notre ville et qu’à ce titre-là il aura des supporters à ses côtés, plus ou moins nombreux évidemment, selon si les gens ont envie de venir voir ce qu’ils appelleraient du spectacle, ou pas.
Mais le noyau de la STUP restera là dans tous les cas, dans toutes les divisions du football français, tant qu’on sera sur Pau et qu’on sera en mesure de venir au stade.

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Quel est l’esprit qui vous anime en tant que supporters du Pau FC ?

Julien : Pour l’esprit STUP et ce qu’on a envie de faire avec ce groupe-là, qui n’est pas seulement aller au stade, chanter et faire des déplacements, c’est de faire un rendez-vous de fin de saison au bord du Gave, où on prévoit toutes les fins d’année la petite kermesse du groupe, avec un barbecue, généralement des jeux de quilles, une peinture…

Nicolas : On fait une grosse fresque sur le mur pour célébrer la fin de saison : là ça fait deux années consécutives qu’on le fait, on va le refaire cette année, qu’on descende ou qu’on se maintienne.

Comment voyez-vous cette fin de saison ?

Nicolas : On va trembler !
C’est-à-dire qu’il n’y a pas si longtemps on se voyait presque candidat à la montée en Ligue 2, et là, on ne va pas dire qu’on va jouer le maintien, on ne s’alarme pas, il reste un peu de temps, il y a des matchs en retard, mais ça va être serré.
Après nous, c’est vrai que quand on perd on tire la gueule mais comme disait Julien, ça ne va rien changer à notre envie de venir au stade ou pas : c’est sûr qu’on viendra à tous les matchs jusqu’à la fin de saison, à domicile du moins, mais on risque de trembler un peu oui !

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Qu’attendez-vous de ce nouveau stade ?

Nicolas : On est un peu triste de partir du Hameau, mais on est contents d’avoir le stade parce que ça va régler tous ces problèmes de cohabitation avec la Section, les problèmes de pelouse aussi, et le fait d’avoir vraiment la « maison » du Pau FC, avec sa structure, ses vestiaires, son club house, pour le projet du club on trouve ça vachement bien.
Nous, en tant que groupe Ultra, ce qui nous fait un peu peur, c’est qu’il n’y a qu’une seule tribune, et donc on va être au milieu des autres, même si on l’est déjà un peu : on aurait espéré qu’il y ait au moins deux tribunes, car on aime bien se démarquer.
On appréhende un peu la cohabitation avec les gens qui pourraient être dérangés par nos chants, nos drapeaux : ça risque de poser quelques soucis.

Julien : Comme on est un petit groupe Ultra, qu’on ne peut pas se permettre de fonctionner de la même manière que les groupes des grands clubs de Ligue 1, où les gens sont 2000 à chaque match en bas de la tribune et où finalement le reste des supporters qui ont un petit peu envie de pousser leur équipe viennent avec eux, la STUP ne pouvant pas se permettre d’être quelque chose qui vit par elle-même, vu qu’on a besoin de la faire vivre, quand on s’excentre un petit peu dans le stade, ça demande aux gens de faire l’effort de venir avec nous et d’avoir une vraie démarche personnelle de « je vais essayer d’aller rencontrer ces gens-là, voir ce qu’ils font, est-ce qu’éventuellement leur projet m’intéresse, est-ce que c’est quelque chose dans lequel je pourrais m’épanouir ? ».
C’est vrai que le vendredi soir, plutôt que de regarder le match à la télé, autant aller au stade et rencontrer des gens : d’être excentré dans la tribune, ça permet de faire ça et de voir les gens qui font la démarche de venir avec nous et de créer des liens un petit peu plus durs que si des gens viennent se greffer et finalement repartent à la fin du match, et parce qu’ils s’étaient mis là et qu’on est arrivés juste à côté d’eux ont fini par chanter avec nous.
C’est vrai que ça fait un volume sonore un petit peu plus important, et que ça peut être salvateur par moments : c’est autre chose que de chanter, ça peut créer ces tensions-là.

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Nicolas : Les matchs où il y aura des supporters adverses qui vont se déplacer, cela voudra dire qu’ils seront soit en pesage, et que par exemple s’il pleut ils seront donc sous la pluie, soit ils sont dans la tribune et là aussi il y aura des questions de cohabitation qui vont se poser…
Donc bon, on verra, s’il y a moyen d’avoir une tribune modulaire, une tribune en échafaudage provisoire pour la STUP c’est vrai que ça serait super : après est-ce que c’est faisable, est-ce qu’il y a les budgets pour, on ne sait pas, on ne nous en a pas parlé.
On verra quand le stade sera terminé, on ira le visiter et on décidera où on s’installe à ce moment-là.

Comment est organisée la STUP, et combien êtes-vous d’adhérents ?

Nicolas : On est organisés principalement autour d’un groupe Facebook : pour l’organisation on a un groupe privé dans lequel il y a le noyau dur on va dire, c’est là qu’on fixe des rendez-vous, quand on fait des réunions, quand on prépare du matériel.
Sinon en termes d’organisation on a un président, un secrétaire et une trésorière.
On est une trentaine de membres, je crois trente pile, et on est en train de retaper un petit local, qui a vocation à remplacer les réseaux sociaux du coup !

Comment fait-on pour intégrer la STUP ?

Nicolas : Pour être membre de la STUP, tout le monde peut venir a priori, tant qu’il respecte les autres, tant qu’il n’est pas raciste, violent…
On a quand même certaines limites à ne pas franchir, mais sinon on accueille tout le monde : il faut juste ne pas porter un maillot du club adverse en tribune, c’est le seul truc qu’on interdit parce qu’au début certains faisaient ça (sourire) !
Mais sinon tout le monde est le bienvenu, quel que soit l’âge ou le sexe !

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Julien : Il suffit de mettre ses pieds dans la tribune avec nous, et généralement on repère vite les têtes nouvelles donc on s’adresse vite à elles pour demander si ce sont des personnes qui se sont perdues ou si c’est quelqu’un qui a fait la démarche de venir dans la tribune.
Généralement, pas mal de gars ont mis un pied dans la tribune, ont sympathisé avec nous et puis sont finalement membres du groupe et membres décisionnaires j’allais dire : il n’y a pas de sectarisme dans la STUP !

Nicolas : Plus concrètement, on a une adhésion de 10€ par an, on a une carte de membre qui permet d’avoir l’abonnement à moitié prix également, je fais la petite promo !

Julien : Pour lequel d’ailleurs on remercie grandement le club parce que c’est vrai qu’on ne roule pas tous sur l’or et que c’est cool d’avoir un geste comme ça du club !
Sachant qu’on essaye de rendre ça en volume sonore : si c’est pour eux quelque chose qui leur importe, on est super heureux de le leur donner.

Est-ce que cela prend beaucoup de temps d’être supporter à la STUP ?

Nicolas : Ça prend du temps plus pour certains que pour d’autres, chacun contribue comme il l’entend : on ne force personne à faire quoi que ce soit.
Après ça prend quand même du temps de s’organiser, de gérer le peu de communication qu’on fait sur Facebook, pour essayer de montrer qu’on est toujours actifs, pour essayer d’attirer de nouveaux membres…
On fait un peu de matos, on peint des trucs, on prépare tout ce qui est écharpes, vestes, stickers : il faut en discuter en amont, préparer des visuels, se mettre d’accord, commander…
Il y a aussi de la gestion de trésorerie mine de rien : récupérer les sous des uns et des autres…
Ça prend un peu de temps quand même, mais ce n’est pas invivable : quand on s’y investit à fond ça prend du temps !

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Pour terminer, pourquoi faut-il absolument venir à la STUP ?

Julien : On n’irait pas jusqu’à dire que le foot, et plus particulièrement celui de notre ville est un prétexte pour se réunir, mais la STUP a eu une envie à la base, quand elle s’est créée et qu’elle est apparue dans les discussions pour créer quelque chose pour le Pau FC : c’était de faire se réunir des gens qui ne se seraient jamais franchement réunis s’il n’y avait pas eu le foot et le club dans notre ville.
Parce que c’est une discussion sur le football en général qui nous a aussi amenés à créer la STUP : c’est-à-dire que le foot, on l’a pris aussi comme un vecteur social, et faire quelque chose d’autre que de chanter dans un stade.
Généralement, la soirée du vendredi soir, les gens se réunissent avant, 2h-2h30 avant le match pour les plus libres, et ça finit tard dans la nuit, et du coup ça crée des liens entre les gens : comme je le disais, il y a des gens qui sont arrivés et qui n’avaient pas de connaissances dans le groupe, qui ont finalement intégré ce groupe-là, et qui aujourd’hui, au-delà de leur groupe d’amis qu’ils ont par leur travail ou leurs études, ont un autre groupe social de référence qui est le groupe du foot.
C’est hyper-important pour nous, car c’est aussi sortir de sa vie de la semaine, rencontrer des horizons divers : on se réunit autour d’un projet aussi « con » et aussi fédérateur que le foot, on le voit dans le monde de toute façon.
On avait envie de créer ça à notre échelle à nous, avec des gens du milieu palois et aux alentours, car il y a des basques, des bigourdans dans notre groupe : mais voilà, on se réunit autour d’une idée du football qui est de partager un moment qui va souvent au-delà du foot et créer quelque chose ensemble dans le milieu associatif était quelque chose qui nous importait.

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Nicolas : On est une sorte de famille, dans le sens où on ne se voit pas juste pendant 1h30 pendant la durée du match : c’est-à-dire qu’on se voit avant, on se voit après, un peu en semaine, on est vraiment un bon groupe de potes.
Et les soirées d’après-match : le bar dans lequel on se trouve (le Bondi Beach, ndlr), il y a des autocollants à nous partout, des écharpes au fond… On a l’impression d’être chez nous, c’est le diffuseur officiel des matchs quand ils se jouent à l’extérieur.
Petit-à-petit, on a nos lieux, nos habitudes.

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